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AVANT-PROPOS
« Fallait-il argenter le cheval de Tende ? »
A l’instar de cette phrase originale, qui tient le rôle de poème liminaire, c’est tout le recueil qui invite à l’ouverture d’esprit et à la réflexion. La question resterait sans réponse, si l’on se contentait de survoler ces Petites encres et autres états du poème sans prendre garde à la clé que semble nous tendre Patrice Dufétel, pour marcher « au creux d’un rêve flottant », « éplucher le songe/ et déposer sa pelure/ dans la douce ornière/ où enfoncent mes pas ».
Ce qui est certain, c’est que des questions surgiront immanquablement devant cette poésie d’apparence spontanée, mais qui est tout le contraire d’une œuvre facile. Inspiration originale, images simples et suggestives à la fois, j’ai pu être déroutée par la distance entre ce que j’avais cru entrevoir, et que je découvrais sous un éclairage différent lors d’une nouvelle approche : c’est ainsi que, dès les premières lectures, le talent de l’auteur s’est imposé au jury par une profondeur d’expression ouvrant à l’imagination d’infinies perspectives.
Ainsi, chaque poème semble porter en lui un secret qui s’échappe à regret des mots, et qui nous échappe, dans ce sens que l’œuvre nous incite parfois à la méditation et à la recherche d’une énigme, cependant intuitivement perçue comme un message essentiel.
Devant cette poésie dense, insaisissable, mais qui murmure spontanément « dans l’affleurement du lointain », avec des éclairs de « pavot rouge », de « grands coups d’azur » et des jours où « le ciel a préparé des oiseaux/comme on aiguise une langue/et porté le chemin/sur la page d’écriture », on a le sentiment d’une « muette présence se faisant souffle et lumière », se faisant poésie pure… Pour le bonheur de l’esprit, qui s’entrouvre avec jubilation à une authentique œuvre d’art.
Catherine Bankhead
Lauréate de l’Académie française
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